LA MISSION ARQUEBUSE – BRUMAIRE
Vous pouvez lire l’article du historien Guillaume Piketty sur « La mission Arquebuse-Brumaire », Espoir n°135, juin 2003 et sur son livre : Pierre Brossolette, un héros de la Résistance (p. 250-251)
La mission Arquebuse-Brumaire par Guillaume Piketty
Revue de la Fondation Charles de Gaulle – www.charles-de-gaulle.org/lunification-de-resistance
En ce qui concerne la mission Arquebuse – Brumaire, l’historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac a commenté « la netteté polytechnicienne de Passy et son talent pragmatique d’improvisation se conjuguent avec la rigueur d’analyse et la chaleur de conviction de Brossolette. Jamais, sans doute, dans l’histoire de la guerre clandestine, esprits aussi clairs n’auront été aussi efficacement jumelés ».
Extrait du documentaire « Pierre Brossolette – Résistant » par Etienne Goldet, sur la mission « Arquebuse – Brumaire », noms de code du colonel Passy et de Pierre Brossolette, numéros 1 et 2 du BCRA (ancÊtre de la DGSE), en début 1943, avec l’objectif de la réunification de la Résistance de la Zone Nord en vue du débarquement des forces alliées en Normandie;
En ce qui concerne la mission BRUMAIRE, celle de Pierre Brossolette, l’ordre de mission est la suivante:
Ordre de Mission Brumaire
La mission BRUMAIRE a trois buts essentiels :
1° Procéder en Z.O. à la séparation la plus stricte possible entre tout ce qui concerne le renseignement d’une part, et l’action civile et militaire d’autre part.
2° Procéder à l’inventaire de toutes les forces qui, soit dans le cadre des groupements de résistance, soit dans le cadre de groupements spécifiques comme l’O.C.M., soit dans le cadre des organisations politiques, syndicales ou religieuses, peuvent jouer un rôle dans le soulèvement national en vue de la Libération. En prévoir la mise à la disposition de l’E.M.Z.O. soit à l’échelon de la Z.O. tout entière, soit préférablement à l’échelon régional.
3° Rechercher d’une part à la faveur de contacts directs et d’autre part en collaboration avec les organismes mentionnés plus haut les cadres d’une administration provisoire de la Z. O. au jour de la Libération.
Cette triple mission se traduira par les dispositions suivantes :
1° Pour la recherche directe des cadres administratifs de la Z.O. libérée, contacts avec Baudouin et Vinci. Baudouin est prévu comme chef civil provisoire de l’administration, Vinci comme préfet de la Seine. En cas d’échec de ces contacts, prospection et propositions au Comité National qui décidera les choix nouveaux.
2° C.N.D. Aucun contact, la C.N.D. devant en revenir à sa mission exclusive de renseignement.
3° Réseaux de renseignements Cohors et Couleuvre : réalisation de l’indépendance de leurs transmissions tant vis-à-vis de la C.N.D. que vis-à-vis des organismes d’action Z. O.
4° O.C.M. Séparation de la branche renseignements et de la branche action. Détermination des moyens de transmission immédiatement nécessaires pour l’une et l’autre de ces branches. Recensement des forces réellement mobilisables de l’O.C.M. Examen des contacts civils de l’O.C.M. et étude des éléments qui pourraient être fournis par l’O.C.M. à l’administration de la Z.O. libérée.
5° Communistes. Cloisonnement strict du service de renseignement FANA qui devra avoir l’indépendance de son courrier et de ses transmissions tant vis-à-vis de la C.N.D. que des organisations communistes d’action. Les modalités de la collaboration de ces dernières avec l’E.M.Z.O. seront établies par la mission ARQUIBUSE. Au cas où celle-ci ne pourrait être acheminée, des instructions nouvelles seraient envoyées à la mission Brumaire.
6° Groupements de résistance Z.O. Contact préparatoire avec M. en vue de rencensement de leurs forces réelles. Préparation pour la mission ARQUEBUSE des contacts avec les chefs de ces différents groupements. Communication à M. d’un résumé du projet de E.M.Z.O. Demande à M. d’un avant-projet à l’intention de la mission ARQUEBUSE sur la collaboration des groupes d’action de ces organisations de résistance, soit à l’échelon zone, soit à l’échelon région. Préparation de l’acheminement de leurs renseignements, grâce à une boîte aux lettres par un réseau indépendant des groupes d’action.
7° Syndicalistes et socialistes. Au point de vue syndicaliste, prospection dans les trois grandes organisations actuellement les moins contactées (instituteur, postier, cheminot), en vue de de (ci miner quelle pourrait être leur contribution au renseignement et à l’action soit directement, soit par apport aux organisations déjà existantes (notamment Libération). Au point de vue socialiste contact avec le Comité d’Action Z.O. en vue d’étudier la collaboration soit directe soit par l’entremise d’organisations déjà existante:. (notamment Libération).
8° Catholiques. Contacts avec la Jeunesse Catholique en vue de déterminer que pourrait être sa contribution à l’action libératrice.
Guillaume Piketty a reproduit sur son Livre « Pierre Brossolette, un héros de la Résistanece », immédiatement à la suite de la lettre de mission Brumaire ci-dessus, un second texte. Ce paragraphe était intégré à l’ordre de mission lui-même, comme a confirmé également Sébastien Albertelli : « Quelques lignes, intégrées à l’ordre de mission de Brossolette, précisent qu’en cas de rupture des communications avec Londres, Passy sera responsable, avec Brossolette, Manuel et Moulin… »).
Le texte est le suivant :
« Au cas où les communications seraient coupées entre le général de Gaulle et la France au cours d’une période de plus d’un mois, ceux des chefs de missions Arquebuse, Brumaire, Rex et Pallas qui seront sur le territoire métropolitain et libres d’agir seront conjointement compétents pour :
1 – exprimer et interpréter les directives du général de Gaulle et du Comité national français,
2 – désigner dans chaque zone l’un d’entre eux pour prendre en commun avec les représentants de la Résistance au sein de chacun des deux comités de coordination les mesures jugées utiles à la libération du pays.
Ces pouvoirs prendront fin automatiquement au moment où, les communications étant rétablies, des ordres pourront à nouveau être transmis par les autorités compétentes de la France combattante. »
Guillaume Piketty conclue : « Sur un pied d’égalité avec Jean Moulin et André Manuel, alors en France, ou avec le lieutenant-colonel Passy/Arquebuse, en instance de départ, Pierre Brossolette était ainsi intronisé représentant du général de Gaulle et du Comité national français. »
Par ailleurs, l’Ordre de mission Arquebuse (signé par de Gaulle le 9 février 1943, rédigé dans sa version initiale le 15 janvier 1943, selon Passy, Mémoires, t.III, p. 506, cité par Albertelli, note 36) :
« Le chef de la mission « Arquebuse » est chargé, tant en ce qui concerne le problème militaire que le problème civil, de faire connaître les directives du général de Gaulle en zone occupée. À cet effet, en collaboration avec le chef de la mission Brumaire et Rex : a) il décidera des mesures à prendre en ce qui concerne la rationalisation du fonctionnement des différents réseaux de renseignement ; b) il entrera en contact avec tous les groupements de résistance de ZO afin de réaliser la coordination de l’action militaire en ZO et la coordination de cette même action militaire entre les deux zones ; c) il étudiera les conditions dans lesquelles il pourrait être procédé à la constitution d’un Comité directeur central chargé de mettre au point toutes les questions civiles. Il rendra compte de sa mission directement au général de Gaulle. Signé : C. DE GAULLE. »

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